Le coin de l'investisseur
  L'ABC de la Bour$e
  Transactions d'initiés
  Vos finances/Internet
  Revue COTE 100
  Liens utiles
  Bibliographie
  Les ratios

 

 

  6 décembre 2001
LE STATEGY LAB DE MONEYCENTRAL
 
  Jean Taillon jtail@globetrotter.net
Économiste, conseiller financier indépendant et auteur du livre Investir en ligne.
 
 
Retour aux archives
 
 

Le Stategy Lab de MoneyCentral (http://moneycentral.msn.com) poursuit un objectif pédagogique. Il met le lecteur en présence de six professionnels du placement, chacun avec sa stratégie propre. Cette stratégie est exposée au début de chaque round du laboratoire, puis illustrée par des transactions pendant quelques mois. Chaque participant se voit confier une somme fictive de 100,000 $US.

Le laboratoire a débuté en 1998. Six rounds ont depuis été complétés. Un 7e round vient tout juste de commencer. C’est donc un moment propice pour s’y intéresser.

Au début d’octobre dernier, peu de temps avant la fin du 6e round, j’ai écrit le texte qui suit pour le magazine Finances et Investissement, un magazine réservé aux professionnels des services financiers. J’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de reproduire cet article dans la présente chronique.

Le Stategy Lab en est à sa 6e reprise (round). Ses actuels participants se présentent sommairement comme suit :

• Le Trend Trader Richard Rhodes s’efforce de découvrir les grandes tendances macro-économiques, après quoi il trade les titres qui, selon lui, devraient le plus profiter de ces tendances.

Rhodes utilise 18 règles qu’un grand trader (great trader) lui a « révélées » il y a 15 ans. Des règles fondées sur le gros bon sens, pas toujours faciles à respecter, mais efficaces. Rhodes insiste sur la simplicité : le trader doit éviter de s’encombrer de théories et de techniques complexes dans lesquelles, finalement, il n’arrive plus à se retrouver.

• Micheal Burry, le Value Doc, est un « vrai docteur ». En 2000, il abandonnait la médecine pour fonder un value-oriented hedge fund et le site Internet ValueStocks.net.

Parmi les participants au présent round, le Doc est seul véritable adepte de l’approche valeur. Son père spirituel : Benjamin Graham. Son arme favorite : la recherche. Ce qu’il recherche : des entreprises qui se vendent à un cours inférieur à leur valeur intrinsèque et qui, de ce fait, offrent la « marge de sécurité » si chère à Graham.

Comme Warren Buffet, l’état général du marché l’intéresse peu. Il recourre toutefois à un brin d’analyse technique pour déterminer ses points d’entrée et de sortie. Pour le Doc, investir n’est ni une science ni un art ; c’est un art scientifique.

• Chrystyna Bedrij (X Factor). Selon elle, « l’argent va où il est le mieux traité ». Pour déterminer ces « destinations », elle emprunte aux écoles fondamentale et technique. Elle s’inspire notamment de la méthode CANSLIM développée par William O’Neil. (X Factor vient de la X List que Bedrij adresse à 1600 investisseurs institutionnels et privés.)

• Jim Brown, le Max Delta (delta = profit), est président de PremierInvestorNetwork.com, un groupe de 14 sites financiers, dont OptionInvestor.com. C’est un technicien d’une espèce particulière : un « event trader ». Ses transactions sont en effet le plus souvent inspirées d’événements comme des annonces de profits, des splits, des takeovers, etc.

Brown est de loin le participant le plus actif. Il est souvent simultanément long sur quelques titres et court sur d’autres. Sa devise : « Enter passively, exit aggressively ».

• L’Option Tactician Terry Bedford est le seul participant présent depuis le début du Strategy Lab. Son approche est nettement top/down : marché, secteur, titre. Il s’intéresse de façon particulière au money flow des investisseurs institutionnels : « follow the money », dit-il.

La performance de Bedford aux rounds 3, 4 et 5 a été époustouflante. Cette fois-ci, il tire de la patte. Mais il pourrait remonter très rapidement. Au dernier round, en un tour de main, son portefeuille est passé de 60,000 $ à 190,000 $. Petites natures s’abstenir !

• Robert Walbert, l’Agent MULDer, est analyste chef à Briefing.com, un site financier fort bien coté. Rassurez-vous ; ce n’est pas un agent secret ; MULDer signifie Massive Upside Limited Downside.

Walberg en est à son 3e round. Il a bien performé au cours des deux reprises récédentes. Mais cette fois-ci, il est bon dernier. Ses 100,000 $ ne valent plus que 22,000 $. Dans l’espoir d’un gain rapide pour se « reprendre », il s’est écarté de sa stratégie. Il a pris des risques élevés et il s’est « planté ». Une erreur classique.

• • •

La débandade des marchés boursiers perdure depuis plus d’un an et demi, entraînant avec elle une perte de crédibilité énorme pour l’industrie de la finance et pour ses soi-disant experts. Dans ce contexte, il m’est apparu pertinent d’évaluer la performance des participants au Laboratoire de MoneyCentral.

Les résultats de mon analyse apparaissent dans le tableau ci-contre. Essentiellement, je pense qu’il faut retenir les éléments suivants :

• Depuis le début, 20 des 36 participants ont battu le marché. La moyenne de performance de tous les participants confondus a été supérieure à celle de l’indice de référence de 7 points de pourcentage (+6,9 % pour les participants contre –0,3 % pour le S&P 500).

• On observe toutefois de nombreux écarts entre les participants et d’un round à l’autre. Entre la meilleure et la pire performance, l’écart moyen est en effet de plus de 70 points de pourcentage (+51 % contre –29 %). Au 3e round, tous les participants ont battu l’indice ; au suivant, seulement 2 sur 6.

• Les experts peuvent battre le marché par une marge énorme, mais ils peuvent aussi se « planter royalement ». Ce qui confirme ma conviction qu’il est très difficile de battre le marché de façon consistante. Cela demande un niveau de compétence et de discipline que bien peu d’investisseurs peuvent atteindre, sans compter le temps que cela peut exiger. D’où l’intérêt et la popularité grandissante de la gestion passive et des fonds cotés en Bourse.

 
 
www.moneycentral.msn.com