| Adam Smith peut se réjouir. Grâce
à Internet, léconomie commence enfin à
fonctionner comme dans le livre. Le pratique rattrape la théorie.
Aux yeux de plusieurs observateurs, la révolution technologique
que connaît présentement le monde est unique. Par son
ampleur et sa rapidité, elle dépasse tout ce quon
a pu observer dans lhistoire.
Pour le professeur Lester Thurow du MIT, cette révolution
change tout. La guerre : grâce aux satellites, on peut maintenant
mener des guerres avec des pertes au combat minimes (quelques unes
en Irak ; aucune en ex-Yougoslavie). La culture se digitalise ;
les produits culturels (écrits, images, musique, etc.) peuvent
ainsi circuler presque instantanément sur toute la planète.
Les gouvernements voient leurs pouvoirs menacés : comment,
par exemple, réglementer une loterie ou un courtier online
incorporé dans un paradis fiscal? Même les religions
connaissent des problèmes dadaptation avec les êtres
partly man made fabriqués en laboratoire.
Au coeur de ces bouleversements : Internet. De plus en plus de
gens y sont branchés, de plus en plus souvent en continu
et à vitesse rapide. Ils sen servent de plus en plus
longtemps et pour un nombre grandissant dusages. Dans la plupart
des activités économiques, on observe des taux de
croissance annuels se situant entre 0 et 10 %, parfois 15 %, rarement
plus de 20 %. Dans le cas du Web, des taux supérieurs à
100 ou 150 % ne sont pas rares.
Il y a à peine 5 ans, la nouvelle économie nexistait
pas. Aujourdhui, elle fait trembler lancienne économie.
Pratiquement tous les acteurs économiques consacrent des
ressources humaines et financières colossales pour sadapter.
Ceux qui négligent de le faire, ou qui ne le font pas assez
vite, risquent de disparaître ou de se faire manger par un
concurrent plus agile. Certaines industries ont commencé
à connaître des transformations majeures, le courtage
des valeurs mobilières par exemple. Dautres, comme
le disque, cherchent à endiguer une menace qui met en jeu
leur survie même.
Ce nest pas pour rien que les entreprises de la nouvelle
économie sont si populaires auprès des investisseurs.
Elles tiennent en otage les entreprises de lancienne économie.
Ces dernières ont un besoin vital et pressant des conseils,
des logiciels et des équipements des premières. Elles
en ont besoin pour demeurer concurrentielles, pour conserver leurs
marchés et pour en conquérir de nouveaux. Les entreprises
qui rendent ces services ou fabriquent ces produits font des affaires
dor. Et cela ne fait que commencer, comme en témoignent
toutes les revues daffaires : Internet est en effet devenu,
et de loin, le thème majeur.
Ce nest pas pour rien non plus que les actions des entreprises
traditionnelles sont moins populaires auprès des investisseurs.
Comme la déclaré récemment Warren Buffett,
Internet nest pas nécessairement une bonne nouvelle
pour ces entreprises. Celles-ci doivent en effet dépenser
des sommes colossales pour sadapter, alors que les marchés
deviennent chaque jour plus concurrentiels, donc moins payants.
Internet met à la portée de millions de personnes
des informations autrefois difficiles ou impossibles à connaître.
Pourquoi payer tel produit 100 $ alors quen quelques clics,
avec laide dun robot comme mySimon (www.mysimon.com ),
vous pouvez savoir où lacheter pour 90 $ ? Pourquoi
ne pas utiliser la Toile pour magaziner vos assurances (www.insweb.com )
ou votre prochaine chirurgie plastique (www.medicineonline.com/bidforsurgery )
? En quelques clics, vous pouvez ainsi réaliser des économies
importantes. (Les sites mentionnés nont évidemment
que valeur dexemple. Jai choisi des sites américains,
car ils montrent généralement mieux que les nôtres
où on sen va).
Cest là, dans une concurrence beaucoup plus vive et
étendue, que se situe la principale conséquence économique
dInternet. On le sent déjà, mais ce sera nettement
plus visible dans 5, 10 ou 15 ans, lorsquune part beaucoup
plus importante de léconomie fonctionnera vraiment
(enfin!) comme dans le livre, comme on le dit dans les manuels déconomie
depuis Adam Smith : en concurrence parfaite : plusieurs vendeurs,
de nombreux acheteurs, tous parfaitement informés (grâce
au Web). Or, dans un marché parfait, les profits sont constamment
menacés, précaires. Voilà un gros nuage à
lhorizon de la rentabilité des entreprises.
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