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  3 octobre 2000
Internet et concurrence parfaite
 
  Jean Taillon jtail@globetrotter.net
Économiste, conseiller financier indépendant et auteur du livre Investir en ligne.
 
 
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  Adam Smith peut se réjouir. Grâce à Internet, l’économie commence enfin à fonctionner comme dans le livre. Le pratique rattrape la théorie.

Aux yeux de plusieurs observateurs, la révolution technologique que connaît présentement le monde est unique. Par son ampleur et sa rapidité, elle dépasse tout ce qu’on a pu observer dans l’histoire.

Pour le professeur Lester Thurow du MIT, cette révolution change tout. La guerre : grâce aux satellites, on peut maintenant mener des guerres avec des pertes au combat minimes (quelques unes en Irak ; aucune en ex-Yougoslavie). La culture se digitalise ; les produits culturels (écrits, images, musique, etc.) peuvent ainsi circuler presque instantanément sur toute la planète. Les gouvernements voient leurs pouvoirs menacés : comment, par exemple, réglementer une loterie ou un courtier online incorporé dans un paradis fiscal? Même les religions connaissent des problèmes d’adaptation avec les êtres partly man made fabriqués en laboratoire.

Au coeur de ces bouleversements : Internet. De plus en plus de gens y sont branchés, de plus en plus souvent en continu et à vitesse rapide. Ils s’en servent de plus en plus longtemps et pour un nombre grandissant d’usages. Dans la plupart des activités économiques, on observe des taux de croissance annuels se situant entre 0 et 10 %, parfois 15 %, rarement plus de 20 %. Dans le cas du Web, des taux supérieurs à 100 ou 150 % ne sont pas rares.

Il y a à peine 5 ans, la nouvelle économie n’existait pas. Aujourd’hui, elle fait trembler l’ancienne économie. Pratiquement tous les acteurs économiques consacrent des ressources humaines et financières colossales pour s’adapter. Ceux qui négligent de le faire, ou qui ne le font pas assez vite, risquent de disparaître ou de se faire manger par un concurrent plus agile. Certaines industries ont commencé à connaître des transformations majeures, le courtage des valeurs mobilières par exemple. D’autres, comme le disque, cherchent à endiguer une menace qui met en jeu leur survie même.

Ce n’est pas pour rien que les entreprises de la nouvelle économie sont si populaires auprès des investisseurs. Elles tiennent en otage les entreprises de l’ancienne économie. Ces dernières ont un besoin vital et pressant des conseils, des logiciels et des équipements des premières. Elles en ont besoin pour demeurer concurrentielles, pour conserver leurs marchés et pour en conquérir de nouveaux. Les entreprises qui rendent ces services ou fabriquent ces produits font des affaires d’or. Et cela ne fait que commencer, comme en témoignent toutes les revues d’affaires : Internet est en effet devenu, et de loin, le thème majeur.

Ce n’est pas pour rien non plus que les actions des entreprises traditionnelles sont moins populaires auprès des investisseurs. Comme l’a déclaré récemment Warren Buffett, Internet n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour ces entreprises. Celles-ci doivent en effet dépenser des sommes colossales pour s’adapter, alors que les marchés deviennent chaque jour plus concurrentiels, donc moins payants.

Internet met à la portée de millions de personnes des informations autrefois difficiles ou impossibles à connaître. Pourquoi payer tel produit 100 $ alors qu’en quelques clics, avec l’aide d’un robot comme mySimon (www.mysimon.com), vous pouvez savoir où l’acheter pour 90 $ ? Pourquoi ne pas utiliser la Toile pour magaziner vos assurances (www.insweb.com) ou votre prochaine chirurgie plastique (www.medicineonline.com/bidforsurgery) ? En quelques clics, vous pouvez ainsi réaliser des économies importantes. (Les sites mentionnés n’ont évidemment que valeur d’exemple. J’ai choisi des sites américains, car ils montrent généralement mieux que les nôtres où on s’en va).

C’est là, dans une concurrence beaucoup plus vive et étendue, que se situe la principale conséquence économique d’Internet. On le sent déjà, mais ce sera nettement plus visible dans 5, 10 ou 15 ans, lorsqu’une part beaucoup plus importante de l’économie fonctionnera vraiment (enfin!) comme dans le livre, comme on le dit dans les manuels d’économie depuis Adam Smith : en concurrence parfaite : plusieurs vendeurs, de nombreux acheteurs, tous parfaitement informés (grâce au Web). Or, dans un marché parfait, les profits sont constamment menacés, précaires. Voilà un gros nuage à l’horizon de la rentabilité des entreprises.

 

 

 
 
www.mysimon.com