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Magazine Finance Placements / Gestion
dactifs| Septembre 2001
Régimes doptions des dirigeants
Lindustrie financière dénonce les abus
Un dossier de Stéphane Desjardins
Régimes doptions des dirigeants
Lindustrie financière
dénonce les abus
Réclamez vos options en passant à GO
Les régimes doptions dachat dactions des
entreprises publiques sèment la controverse. Financiers et
intellectuels dénoncent les abus et le « vol légal
» qui découlent de leur octroi.
Conçus pour rapprocher les intérêts des dirigeants
de compagnies de ceux des actionnaires, des régimes doptions
ne récoltent maintenant que des critiques. Cest que
le lien entre la valeur de ces régimes, parfois plusieurs
centaines de millions de dollars (M$), et le rendement des compagnies
de concorde
tout simplement plus!
Au Canada, cest le gain réalisé lan der
nier par le patron de Nortel Networks,
John Roth, qui a mis le feu aux poudres : 124 M$! Quelques semaines
plus tard, le titre de la compagnie entamait une chute dont londe
de choc sest répercutée sur tous les marchés.
Peut-on encore soutenir que les régimes doptions sont
souhaitables? « Pour moi, il ne fait pas de doute quil
sagit dune dilution éhontée de lavoir
des actionnaires. Cest un vol légal! Ce genre dabus
sest installé partout et je me demande où nous
mènera cette cupidité généralisée
», sexclame Stephen Jarislowsky,
président du gestionnaire Jarislowsky
Fraser.
« Lorsque les dirigeants sont déjà des actionnaires
importants, pourquoi devraient-ils en plus, détenir des options?
Jappelle ça de la cupidité
qui se justifie
facilement, puisque tout le monde le fait! », estime par ailleurs
Philippe Le Blanc, président des Fonds
COTE 100.
« En accordant des options à des employés,
les actionnaires acceptent de diluer leur capital en échange
dune meilleure performance. Mais si les objectifs ne sont
pas atteints, ces employés devraient perdre leurs options.
Penser comme des actionnaires, cest partager le risque que
laction puisse baisser
», ajoute
André Marcotte, vice-résident de Placements
Élantis.
Une conception que partage linvestisseur renommé Warren
Buffett, qui applique chez Berkshire
Hathaway une stricte observance de la douleur financière
: « Nous navons aucun intérêt pour les
gros salaires ou régimes doptions ou tout autre moyen
dobtenir un avantage sur vous. Nous voulons faire de largent
seulement quand nos partenaires en font et exactement dans les mêmes
proportions. De plus, quand je fais quelque chose de stupide, jaime
savoir que vous trouvez du réconfort dans le fait que ma
souffrance financière est similaire à la vôtre
», livrait-il au printemps dans le rapport annuel de la société.
Peter Harrison, vice-président
principal, actions canadiennes chez Montrusco
Bolton, na rien, en principe, contre les régimes
doptions, qui sont censés, rappelle-t-il, aligner les
intérêts des bénéficiaires et ceux des
actionnaires. « Mais on a vu beaucoup dexcès
en ce domaine, dit-il. Chez nous, nous votons contre les régimes
doptions qui représentent plus de 10 % des actions
en circulation. En fait, pour des petites sociétés,
surtout celles en technologie, dépasser ce seuil peut être
acceptable. Car chez les PME, il est parfois difficile de payer
des employés-clé de façon compétitive.
Cest un argument qui se tient. Mais pas chez des géants
comme Nortel, qui ont un régime qui dépasse les 10
%. Jai dailleurs voté contre celui de Nortel.
»
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Les revenus de dirigeants canadiens (000
$CAN Année 2000)
|
Compagnie (symbole) |
Dirigeant |
Salaire de base |
Régime doptions |
% du salaire |
Revenu total |
Revenus de lentreprise |
Perform. bours.% |
Rend sur lavoir des Action. % |
| Nortel Networks (NT) |
John Roth |
1 857 |
60 527 |
3 260 |
70 754 |
45 424 000 |
-29,0 |
55,1 |
| Alcan Aluminium (AL) |
Jacques Bougie |
1 188 |
22 690 |
1 910 |
25 266 |
13 717 000 |
-17,0 |
10,0 |
| Manuvie (MFC) |
Dominic DAllessandro |
1 075 |
13 758 |
1 280 |
17 833 |
14 152 000 |
164,0 |
16,1 |
| Thomson Corp. (TOC) |
Richard Harrington |
1 708 |
12 851 |
752 |
17 291 |
9 768 000 |
51,0 |
16,5 |
| Shaw Coomm. (SCLa) |
Jim Shaw |
850 |
7 829 |
921 |
10 679 |
974 000 |
43,3 |
N.d. |
| Rogers Comm. (RCIa) |
Ted Rogers |
900 |
6 014 |
668 |
8 864 |
3 504 000 |
-26,1 |
45,4 |
| Celestica (CLS) |
Eugene Polistuk |
817 |
5 881 |
720 |
8 628 |
14 623 000 |
- 2,0 |
11,9 |
| Banque Royale (RY) |
John. E. Cleghorn |
1 082 |
4 664 |
431 |
8 746 |
22 841 000 |
52,0 |
19,8 |
| Banque TD (TD) |
Chalres A. Baillie |
1 081 |
5 432 |
503 |
10 013 |
20 075 000 |
6,2 |
18,0 |
| Biochem Pharma 4 |
Francesco Bellini |
1 017 |
152 |
15 |
4 852 |
325 000 |
7,8 |
44,9 |
| Notes : 1 Ne comprend pas les
bonis en argent 4 Nes plus transigé depuis
lachat par Shire Pharmaceuticals |
Source : William M. Mercer Ltd. Magazine Finance
Certains pensent même que linflation récente
de la valeur des régimes doption affecte lourdement
les marchés boursiers. À ce sujet, la revue The
Economist du 5 mai dernier cite lopinion dAndrew
Smithers, patron dune firme de recherche financière
londonienne qui porte son nom. M. Smithers affirme que parce que
les régimes doptions ne sont pas comptabilisés
aux bilans des compagnies, ils naffectent pas les revenus
à court terme
en apparence. Alors quà
la fin des années 90, les plus gros acheteurs dactions
étaient les compagnies publiques elles-mêmes, de tels
programmes de rachat dactions, lié aux régimes
doptions, offraient des avantages fiscaux certains pour leurs
bénéficiaires. « Ce cocktail de récompenses,
de rachats et de profits sur-évalués constitue une
recette idéale pour créer une bulle spéculative
», affirme-t-il.
Les universitaires en rajoutent
« Les seuls gagnants dans cette histoire, ce sont les dirigeants
eux-mêmes, clame Léo-Paul Lauzon,
professeur de comptabilité à lUQAM. Tout le
monde est perdant : les actionnaires, le fisc, la société
en général. Il y a un coût énorme en
termes de dilution de lavoir des actionnaires ainsi que pour
lentreprise elle-même. Au lieu daccorder ces actions
à rabais dans le cadre dun régime doptions,
elle pourrait les vendre sur le marché à un prix bien
plus élevé. Ainsi, au lieu denrichir rapidement
quelques individus au détriment des actionnaires, lentreprise
pourrait investir dans la recherche et le développement,
la protection de lenvironnement, des nouveaux produits, son
marketing à long terme, la formation de son personnel. »
« Quand laction monte, les dirigeants sen approprient
le crédit. Quand elle baisse, ils exigent dautres options
pour avoir une meilleure performance. Cest un cercle vicieux,
pense Sylvie St-Onge, professeure en
gestion des ressources humaines aux HEC et spécialiste des
régimes doptions. Aucune étude ne prouve actuellement
que cette forme de rémunération rapport quoi que ce
soit aux entreprises. »
« Dans le passé, un patron de banque recevait un salaire
annuel de 200 000 $, très peu doptions et un petit
bonus, selon la performance, rappelle Stephen Jarislowsky. Aujourdhui,
je connais le président dune grande banque canadienne
qui na rien fait de significatif mais dont les options valent
40 M$. Prenez le cas de Jerry Schwartz,
le président dOnex (TSE
: OCX). Ses options valent 14 fois son salaire annuel. Cest
indécent. »
Pour Mme St-Onge, « il faut être cupide, comme dirigeant
dentreprise, pour penser que lon mérite un revenu
de 80 millions. Les régimes doptions sont pervers,
car ils permettent à une minorité de gens de senrichir
aux dépens des investisseurs et des salariés de lentreprise.
»
« Il est difficile dêtre contre les régimes
doption si on en profite, avance Michel
Magnan, professeur de comptabilité à lécole
John Molson de lUniversité Concordia. Prenez Nortel
: les dirigeants ont encaissé leurs options du temps que
laction frappait des sommets. Aujourdhui, ils sont riches.
Mais pas les actionnaires! Primo : le lien de confiance entre la
direction et les actionnaires est rompu. Secundo : les régimes
doptions sont censés inciter les gens à poser
des gestes pour le long terme. Ici, ça na pas marché.
»
Sylvie St-Onge cherche aussi lagent motivateur lorsque le
PDG dune compagnie est payé cinq ou six fois plus que
ses principaux adjoints. Par extension, aux États-Unis, la
rémunération des dirigeants des sociétés
publiques est en moyenne 160 fois plus élevée que
celle de leurs employés. « Et au Canada, la situation
empire, parce que depuis un an, limposition des gains de capitaux
est moins importante, ce qui augmente la valeur des régimes
doptions, ajoute-t-elle. De plus, les détenteurs doptions,
contrairement aux actionnaires, ne risquent pas de perdre leur mise
de fonds. »
Une analyse menée par William M. Mercer en 12998 porte sur
une cinquantaine de compagnies inscrites à la bourse de toronto.
On y découvre que les présidents des 10 plus performantes
compagnies inscrites en bourse ont vu leurs revenus augmenter de
57,1 %. Cela dit, 16 compagnies affichant un rendement sur lavoir
des actionnaires négatif avaient tout de même accordé
une augmentation de salaire à dix de leurs présidents.
De plus, seules trois compagnies ayant atteint les dix premières
places en matière de rendement sur lavoir des actionnaires,
avaient tout de même offert le dix augmentations les plus
généreuses.
« Tenter dévaluer la performance dun président
en fonction de lévolution du prix de laction
ou du rendement sur lavoir des actionnaires nest pas
facile, explique Lisa Slipp, directrice
du cabinet de consultation sur les revenus des dirigeants dentreprises
canadiennes, chez William M. Mercer.
Contrairement à lusage actuel dans bien des médias,
il faut comparer les performances pour toute la durée du
régime doption. Sinon, cest injuste. »
Et le long marché haussier des années 90 vient brouiller
les données.
Pourtant, des études américaines démontrent
que les octrois doptions aux dirigeants précèdent
souvent lannonce de résultats financiers favorables.
« Les dirigeants semblent choisir le moment doctroi
qui minimise le prix de levée et maximise leur potentiel
de gain », rapportent Sylvie St-Onge et Michel Magnan. Cette
dernière mentionne une étude américaine visant
400 sociétés négociées à New
York qui offraient un régime doptions entre 1978 et
1982. Létude précise que la volatilité
des cours boursiers a significativement augmenté dans 67
% des cas à la suite de ladoption du régime.
Une autre recherche américaine démontre que lorsque
le cours de laction est inférieur au prix de levée
de loption, la volatilité du prix de laction
tend à augmenter. Cette volatilité diminue lorsque
le prix de laction dépasse celui de loption.
Conclusion, disent les chercheurs : les dirigeants prennent plus
de risques lorsque le cours de laction est inférieur
à loption, puisquils nont rien à
perdre, et moins de risque dans le cas inverse!
Des administrateurs en conflit dintérêts
Selon Léo-Paul Lauzon, les régimes doptions
généreux se retrouvent surtout chez les entreprises
sans actionnaire de contrôle (dont les actions sont détenues
par un grand nombre dinvestisseurs). « Le conseil dadministration
est une petite mafia où le droit des petits actionnaires
ne pèse pas lourd, dit-il. Les dirigeants, quant à
eux, savent quils ne seront pas là longtemps et veulent
senrichir dans les plus brefs délais. On la vu
chez Provigo, Biochem Pharma,
à la
Banque Nationale ou dans les compagnies pharmaceutiques.
Ce nest certes pas le cas dans des entreprises comme Jean
Coutu, Cascades ou Can-Am Manac.
Pourquoi? Parce que lactionnaire de contrôle sappauvrit
lorsquil accorde des options. » M. Lauzon va plus loin
: « Les administrateurs et co-optent entre eux dune
compagnie à lautre et nomment des collègues
qui ont la bonne attitude. »
« Plusieurs dirigeants de sociétés sont en
conflit dintérêt, tranche Stephen Jarislowsky.
Ils siègent à des comités de ressources humaines
de dautres sociétés, qui accordent de généreuses
option. Et il y a parfois collusion entre administrateurs et consultants.
Ces derniers affirment que les PDG devraient gagner plus dagent
et sassurent ainsi de nouveaux mandats. »
Une réforme en profondeur simpose
Une réforme urgente des régimes
doption simpose. Pour lancer le débat, les financiers
et universitaires proposent quelques principes qui permettraient
de mieux jauger leur efficacité et
leur coût.
Sur son site Internet, Teachers fait
plusieurs suggestions permettant davoir recours à un
régime doptions classique : droit à la plus-value
des actions (options payées en espèces et non en actions),
actions fictives, régimes dactions subalternes.
Léo-Paul Lauzon préférerait le paiement dun
bonus en argent, tout comme Stepehn Jarislowsky et Warren Buffett.
Mais sil faut absolument conserver un régime doptions,
le professeur souligne quil devrait être soumis à
des critères de performance comme les parts de marché
obtenues, le niveau de recherche et développement, la satisfaction
des employés, la hausse du bénéfice net à
moyen et long terme, etc. « Il ne faut surtout pas tenir compte
ici du bénéfice à court terme ou le prix de
laction sur n ou deux semestres », ajoute-t-il. Teachers
précise quil faudrait retenir la performance de lentreprise
par rapport à son secteur dactivité et non,
comme cest majoritairement le cas, la comparer au marché
boursier en général.
Philippe Le Blanc, de COTE 100, affirme que les options ne devraient
être exercées que lorsque certains objectifs précis
de performances sont atteints. « Par exemple, Domtar
a émis une clause de non-exercice si le prix de laction
natteignait pas un certain niveau », dit-il.
À ce titre, il est permis de regarder du côté
des Chemins de fer Nationaux du Canada (CN).
Quand elle est devenue une société publique, en 1995,
lentreprise devait abaisser dramatiquement ses coûts
dopération. Le généreux régime
doption destiné aux dirigeants du transporteur ferroviaire
prévoyait justement des cibles audacieuses sur ce plan. Or,
non seulement le CN a atteint ses objectifs mais les a largement
dépassés. Sur les marchés, le titre est passé
de 10 $, à lépoque, à plus de 60 $ aujourdhui.
Signalons que les régimes doption basés sur
de tels critères de performances se font rares à lextérieur
du continent européen.
Mais les conditions dattribution ne sont pas les seuls facteurs
affectant la performance du titre ou la dilution de lavoir
des actionnaires. Les conditions dexercice doivent aussi être
scrutées à la loupe. Tout le monde sentend ici
sur des options qui devraient être levées par tranches,
sur cinq ans minimum. Stephen Jarislowsky interdirait même
la revente des actions le lendemain dune levée. Le
détenteur nexercerait en fait ce droit quà
son départ de lentreprise. Et il naccorderait
des options quen nombre limité, uniquemen6t pour une
promotion et rien quaux cadres supérieurs. «
Si tu donnes une option équivalent à 1 000 ans de
salaire à un employé, il va se sentir riche et travailler
moins fort », affirme-t-il. Philippe Le Blanc nen ferait
loctroi quaux personnes dont les efforts influencent
les résultats financiers.
Ce dernier préfère aussi que le régime doptions
ne représente que 5 % du capital-actions, et non 10 %, la
norme à la vogue. Cest aussi la préférence
de Teachers, qui rejette toute proportion de plus de 10 %. Pourtant,
Teachers possédait, au 31 décembre 2000, 37,8 M dactions
de Nortel, dont le régime doptions dépasse largement
les 10 %. Aucun porte-parole de Teachers na retourné
nos appels.
Faut-il espérer du changement? Le professeur Léo-Paul
Lauzon prédit quà terme, les actionnaires vont
remettre en cause les régimes doptions, Stephen Jarislowsky
est sceptique : « Une grande partie de la responsabilité
peut être rejetée sur les investisseurs institutionnels,
qui ne veulent pas se mouiller, souvent pour ne pas froisser de
puissantes relations daffaires. » Pourtqnt, les règlements
de ces mêmes institutions interdisent, parfois, à leurs
représentants dintervenir sur ces questions, «
pour éviter les conflits dintérêt rapporte
Andrée De Serres, professeure
aux HEC et spécialiste de la régie dentreprise.
Souvent, ils nont même pas le temps ou les moyens de
simpliquer activement et daborder des questions comme
celles-là. »
Phlippe Le Blanc, lui, souhaite que les autorités réglementaires
légifèrent sur cette question : « Ça
enlèverait une source incroyable dabus. » André
Marcotte acquiesce, ais précise que le Canada ne devrait
pas faire cavalier seul sur cette question. Une réforme américaine
changerait certainement le sens du vent, mais la puissante Securities
and Exchange Commission (SEC) na pas encore pu imposer son
projet de forcer les sociétés publiques à inscrire
les véritables coûts de leurs régimes doptions
à leurs bilans financiers.
Comment ça marche ?
| Une option dachat daction est
un droit, accordé à u employé, dacheter
dans le futur un certain nombre dactions au trésor
de son employeur à un prix déterminé à
lavance. Ce prix de levée est habituellement calqué
sur le cours de laction au moment où l option
est accordée. Lemployé pourra racheter les
actions à une date convenue à lavance, généralement
plusieurs années après avoir obtenu loption.
Habituellement, la plupart des détenteurs doption
revendent immédiatement (en 24 heures) les actions quils
viennent dacheter grâce à leur régime
doption. Le profit vient de la différence du prix
de levée (cest-à-dire le prix de laction
fixé au moment de lattribution de loption)
et celui du prix du marché, le mur de lachat. Dans
la plupart des cas, lemployeur assume les coûts
de transaction et de trésorerie. |
Lopposition se fait sentir
Il y a une dizaine dannées, moins de 4 % des votes
aux assemblées des actionnaires de sociétés
américaines sopposaient à limplantation
de régimes doptions, Cette opposition dépasse
maintenant les 20 % des voix pour un scrutin sur quatre, rapporte
Sylvie St-Onge, professeur aux HEC.
Lopposition dinvestisseurs institutionnels a même
entraîné le remplacement au complet de conseils dadministration
ou la modification du régime doptions dentreprises
américains. Nortel et Provigo
ont dû rendre leurs régimes moins généreux
face à lopposition dactionnaires importants.
Dans les principes de régie dentreprise édictés
par la caisse ontarienne Teachers, il
est écrit que les régimes doptions devraient
être compatibles avec les intérêts à long
terme des actionnaires. « Les avantages accessoires (au salaire),
quelques quils soient, doivent être justifiés
à la lumière dune analyse coûts-avantages.
»
En juin, des actionnaires dImax Corp.
se sont manifestés à lassemblée annuelle,
demandant, sans succès, que le régime doption,
évalué à 1,5 M$, accordé ce jour-là
aux deux co-résidents, Richard Gelfond
et Bradley
Wechler, soit annulé. Les actionnaires reprochent
à la direction un manque de vision face à la déconfiture
du secteur des salles de cinéma en Amérique du Nord,
pour cause de surcapacité. Ils considèrent que la
direction ne méritait pas cette « récompense
». De fait, laction dImax est passée de
plus de 30 $ à lété 2000 à 23,40
$, début juillet.
Peter Harrison, de Montrusco-Bolton, a déjà voté
contre un tel régime chez Loewen Group.
« Celui-ci correspondait à 25 % du capital actions
en circulation, rappelle-t-il. On sest même battus sur
le plancher de lassemblée des actionnaires. On a perdu
et revendu toute notre position. » Signalons que lentrepreneur
en pompes funèbres sest placé, depuis, sous
la protection de la loi des faillites
Le coût réel des régimes doptions
est caché aux actionnaires
Pour les financiers, les régimes doption
dactions des sociétés publiques devraient être
considérés et comptabilisés à titre
de salaire.
Le fameux investisseur Warren Buffett a déjà posé
la question : « Si les régimes doption ne constituent
pas une forme de salaire, que sont-ils donc alors? Et un salaire
nest-il pas une dépense? Alors, si les dépenses
servent à déterminer les revenus dune entreprise,
où faut-il donc inscrire les régimes doption
sur le bilan? »
« Le Financial Accounting Standard Board (FASB) américain
considère ça comme du salaire et moi aussi, affirme
Léo-Paul Lauzon. Comment se fait-il alors que le salaire
soit imposé au plein tarif et que les options dachat
dactions le soient à 50 %? » Les profs St-Onge
et Magnan ont écrit quen 1996, les 81 chefs dentreprise
les mieux rémunérés au Canada ont économisé
65 M$ en impôts sur les 504 M$ de profits en banque emmagasinés
en vertu doptions non encore levées. Que cette année-là,
pas oins de 36 % de la rémunération totale des PDG
de sociétés composant lindice TSE150 provenait
de régimes doption.
Mme St-Onge ajoute que les options créent lillusion
quil sagit dun mode de rémunération
qui ne coûte rien à lentreprise. « De fait,
il est assez difficile, sur le plan comptable, de fixer la valeur
des régimes doption, note Michel Magnan. Ainsi,
Travelers a déjà évalué que son
régime doptions valait 1200 M$ US (avant dêtre
avalée par Citibank). Or, un analyste
financier spécialisé en rémunération
avait conclu à une valeur trois fois plus élevée.
»
« La situation actuelle nest pas transparente, soutient
André Marcotte, de Placements
Élantis. Il est possible de calculer leffet
des options sur le bénéfice par action, puisque le
ombre actions et doptions en circulation est connu.
Mais le prix de levée de loption, lui, nest pas
publié. »
Le professeur Magnan précise que les entreprises nont
pas à divulguer la valeur des options, seulement leur nombre,
contrairement à la pratique américaine. « Du
point de vue des actionnaires, on ne peut estimer clairement ce
quon va diluer au profit des détenteurs doptions,
même si leur impact est reflété dans le bénéfice,
À mon avis, il serait préférable de créer
une catégorie comptable distincte, intitulée charges
reliées aux régimes doptions, dans la colonne
des dépenses , et fournir une hypothèse de calcul
en annexe du rapport annuel. Ainsi, les analystes ou investisseurs
pourraient tirer leurs conclusions en fonction de la volatilité
du titre et des taux dintérêt. » Teachers
reconnaît que les pratiques comptables actuelles permettent
« de passer sous silence le coût réel des options
dachat dactions dans le calcul des revenus déclarés.
» Linstitution affirme que les normes actuelles incitent
les compagnies à se soucier moins du coût réel
des options et, de ce fait, en accorder plus que nécessaire.
Ces normes, elles sont justement sur le point dêtre
révisées. Le Conseil des normes comptables (CNC) de
lInstitut canadien des comptables agréés (CCA)
proposait au printemps dernier quune nouvelle norme canadienne,
intitulée Rémunération à base dactions,
soit calquée sur la norme américaine, proposée
par le FASB. Il sera donc requis dinscrire la valeur du régime
doptions dans les états financiers de lentreprise.
Cette valeur sera donc considérée comme une véritable
dépense, inscrite au bilan et donc réduite du bénéfice
net. Cette réforme prendra effet en janvier 2002, mais la
proposition finale est attendue au cours des prochaines semaines.
Fait à noter, la proposition permettra aux sociétés
de se conformer à deux normes inspirées de la pratique
américaine : celle de la juste valeur et celle de la valeur
intrinsèque. La première est la plus controversée
et sera obligatoire pour tous les non-salariées (donc les
dirigeants). Harry Klompas, directeur
au CNC, reconnaît que la proposition de son organisme suscite
un débat animé. « La majorité des commentaires
que nous avons recueillis appuis toutefois notre proposition, dit-il.
Tout le monde sentend sur un point : quelque chose doit être
fait pour corriger la situation actuelle. »
La proposition du Conseil des normes comptables
Le CNC propose que la valeur des régimes doptions soit
comptabilisée selon deux méthodes : juste valeur ou
valeur intrinsèque. Fait à noter, la nouvelle norme
exigera quune valeur soit inscrite au bilan de lentreprise,
avant bénéfice net, en cas de repricing doptions.
Juste valeur : le coût de rémunération
est mesuré à la date de lattribution, en tenant
compte de la durée de la période service.
Valeur intrinsèque : le coût
de rémunération représente la différence
entre le cours de laction à la date de mesure et la
somme que doit verser le bénéficiaire.
La réévaluation des options suscite
la grogne
En juin dernier, léquipementier Nortel, déjà
aux prises avec plusieurs poursuites, en remettait avec lannonce
quil échangerait 111 M$ de vieilles options surévaluées,
accordées aux employés, pour de nouvelles, davantage
collées aux réalités actuelles du marché.
Deux semaines plus tard, on apprenait que Nortel avait omis dannoncer
le repricing de 922 000 options (dont 750 000 aux PDG John
Roth) destinées à la haute direction. Ce qui fait
bondir les milieux financiers.
Le 6 juillet, Certicom, un fournisseur
de services de sécurité pour Internet, a soulevé
une controverse lorsquil a offert deux options pour chaque
option détenue auparavant par ses employés. Le président,
Rick Dalmazzi, espère ainsi retenir
ses employés, lorsque la nouvelle économie redécollera.
Les actions de Certicom sont passées de 69,45 $ à
21,25 $, début juillet au TSE. Le prix initial de loption
était fixée à 23 $.
Pour Philippe Le Blanc, de Fonds
COTE 100, le repricing doptions est tout simplement
une abomination du système capitaliste. « Cest
n abus par-dessus un autre abus, dit-il. Dautres compagnies
le font et essaient de le camoufler pou éviter la réprobation
qua connue Nortel. » des sources, requérant lanonymat,
désignent Corel (NASDAQ : CORL), Cisco (NASDAQ
: CSCO), Microsoft (NASDAQ : MSFT) et Dell Computer.
« Nortel a dit qelle navait pas le choix parce
quelle allait perdre du monde, commente André
Marcotte, de Placements Élantis. Cest un argument
futile, tout le secteur est à terre. » Donald
F. Reed, de Templeton, en rajoute
: « Que ceux qui détiennent des options souffrent autant
que les actionnaires quand laction baisse. Ça fait
partie de la game. Les régimes doptions sont conçus
pour que leurs détenteurs pensent comme des actionnaires.
Voilà une bonne occasion de le faire! »
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