Québec inc.
en actions!

QUELQUES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES FLEURISSENT TRANQUILLEMENT À L'OMBRE DES GÉANTS DE LA BOURSE. DES AFFAIRES À SAISIR POUR LES INVESTISSEURS? OUI, DISENT LES ANALYSTES. MAIS RESTONS PRUDENTS.

PAR MARIE-EVE COUSINEAU

Article tiré de L'actualité, numéro de janvier 2003
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Daniel Guillemette, de Sainte-Foy, a acheté des actions de R.P.M. Tech en 1990, en grande partie parce que ce fabricant mondial d'équipement de déneigement industriel a son siège social à côté, à Cap-Santé. " Je savais que l'entreprise allait bien ", dit l'optométriste de 49 ans, qui a gardé ses titres pendant 10 ans.

Les Québécois sont nombreux à acheter, comme Daniel Guillemette, des actions d'entreprises qu'ils connaissent bien. Et plus nombreux encore à investir principalement dans des sociétés québécoises. " Cela tient à la règle du REER qui oblige les particuliers à investir la majorité de leur avoir (70 %) dans le marché canadien ", souligne Jean Soublière, président de l'Actif, coopérative en animation et en formation financière. Or, dans le contexte boursier actuel, le marché québécois constitue une meilleure affaire que le marché canadien : on y perd moins!

" L'Indice Québec bat systématiquement les indices de la Bourse de Toronto (comme le S&P/TSX-60 et le S&P/TSX) ", explique Robert Laplante, directeur général de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Cet indice (le Québec 150 et son sous-indice, le Québec 30), lancé par l'IREC en octobre 2001, permet de suivre quotidiennement le rendement de sociétés dont le siège est au Québec, telles que Bombardier, BCE, Alcan, la Banque Nationale du Canada, Abitibi-Consolidated, Métro, le Groupe Jean Coutu, le Groupe SNC-Lavalin, Industries Dorel, Power Corporation du Canada, etc.

" Les entreprises québécoises sont reconnues pour être moins endettées que les canadiennes-anglaises ou les américaines ", précise André Gosselin, vice-président d'Orientation Finances, maison spécialisée en recherches financières. D'ailleurs, une étude comparative des salaires et des résultats réalisée récemment par le Financial Post plaçait Alain Bouchard, d'Alimentation Couche-Tard, et Jean Coutu, du Groupe du même nom, aux deuxième et quatrième rangs des meilleurs PDG canadiens.

Selon Vincent Delisle, stratège de Valeurs mobilières Desjardins, les meilleures occasions se trouvent surtout dans les sociétés dont le chiffre d'affaires est en deçà du milliard de dollars. " Les investisseurs les connaissent, connaissent leurs produits et peuvent les repérer au début de leur croissance ", dit-il.

Pour 2003, Valeurs mobilières Desjardins recommande notamment les titres du Groupe Laperrière & Verreault (pâtes et papiers), de MAAX (baignoires, douches, etc.) et d'IPL (produits de plastique). " Malgré la faiblesse de l'économie américaine, les revenus de ces entreprises et leurs profits ont augmenté, affirme Vincent Delisle. Si les conditions économiques s'améliorent, leurs titres prendront de la valeur. "

IPL, de Saint-Damien, distribue ses contenants d'emballage et de manutention au Canada de même qu'aux États-Unis, et a un chiffre d'affaires de près de 200 millions de dollars. Pourtant, elle attire peu l'attention des analystes financiers. C'est qu'à l'image de nombreuses PME elle évolue à l'ombre des géants de la Bourse. Ainsi, en octobre dernier, une étude de la Financière Banque Nationale effectuée en collaboration avec Le Journal de Montréal montrait que 15 titres québécois négligés des analystes enregistraient de bons rendements à la Bourse de Toronto : BMTC (société mère de Brault & Martineau), les magasins Le Château et le spécialiste du bois Goodfellow, notamment. " Un particulier peut dénicher des entreprises à fort potentiel avant les investisseurs institutionnels, croit Denis Morrissette, professeur de finances à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il doit cependant faire sa propre analyse pour voir si le titre est mal évalué par le marché. Or, tout le monde n'est pas en mesure de s'en assurer. "

Qu'une entreprise ait pignon sur rue à côté de chez soi ne rend pas cette analyse plus simple à réaliser. D'ailleurs, ce voisinage ne confère guère d'avantages aux titres québécois : avec Internet, l'information n'a plus de frontières pour qui sait où chercher.

En fait, nombre de spécialistes déplorent les effets pervers de cette proximité géographique sur les investisseurs. " Les Québécois tombent souvent " en amour " avec les entreprises dont ils achètent des titres ", dit André Gosselin. Toutes les raisons sont alors bonnes pour y investir : du goût agréable du café Van Houtte aux nombreuses heures de travail supplémentaires du voisin, signe que son entreprise est productive!

Pour Diane Clermont, à la veille de la retraite, c'est plus que jamais " le rendement qui compte ". Elle a refusé au printemps dernier un conseil de son courtier, qui lui suggérait de vendre 500 actions de Métro-Richelieu. Contrôleuse de la comptabilité de Distributions Alimentaires Mansion, à Candiac, elle avait confiance en Métro, un client de son employeur. Depuis, la valeur du titre grimpe… " Je ne considère pas l'origine de l'entreprise ", dit-elle pourtant. À preuve, elle a récemment acheté des actions de Lorus Therapeutics, société biopharmaceutique inscrite à la Bourse de Toronto, après avoir regardé une émission financière à la télé : le secteur dans lequel travaille Lorus (recherche, mise au point et commercialisation de produits pour combattre le cancer) lui a semblé prometteur.

Reste qu'on peut gagner à investir dans des petites entreprises sans pour autant viser le seul rendement, grâce au régime d'épargne-actions (REA) du Québec. Ce régime donne en effet droit à une déduction d'impôt pouvant aller jusqu'à 100 % à l'achat d'actions d'une des quelque 60 PME qui y sont admissibles. Depuis 2000, quatre fonds communs se spécialisent dans ces titres : le Fonds d'investissement RÉA, le COTE 100 REA-Action, le Fonds RÉA Dynamique et le Fonds RÉA Avix

Par exemple, une personne dont le revenu est de 50 000 dollars et qui en investit 5 000 - le maximum permis dans son cas, soit 10 % de son revenu - dans le Fonds COTE 100 REA-Action obtiendra une déduction fiscale d'environ 1 250 dollars du gouvernement québécois. " C'est un rendement de 25 % ", indique Guy Le Blanc, gestionnaire du Fonds. Le placement doit toutefois être conservé durant une période comprenant au moins trois 31 décembre consécutifs.

Les particuliers peuvent acheter, sans intermédiaires, des actions des entreprises participant au REA. " C'est un placement risqué ", précise toutefois Guy Le Blanc. Lancé dans les années 1980, ce régime a certes permis aux Cascades, Groupe Jean Coutu, BioChem Pharma, Van Houtte, Sico, Alimentation Couche-Tard et autres de pénétrer avec succès le marché boursier. Par contre, Guy Le Blanc estime qu'au moins le tiers des entreprises qui ont été inscrites en Bourse grâce au régime ont fait faillite. " Le Krach de 1987 a sonné le glas de la mode REA. " En 2001, seulement 11 483 personnes ont demandé une déduction d'impôt au ministère du Revenu du Québec pour un tel investissement. " Notre fonds est quasiment un club fermé, dit Guy Le Blanc. On n'accepte que un ou deux millions de nouvelles souscriptions par année. "

Pour un REA, un REER ou toute autre forme d'investissement, les actions d'entreprises québécoises constituent des placements intéressants. Par contre, il se pourrait qu'au moment de la revente il soit plus difficile de trouver rapidement un acheteur dans le cas des PME. C'est le prix à payer pour fleurir à l'ombre des géants de la Bourse.